C'est un souvenir de ma première rencontre avec un illustrateur de métier, André Périn.
Un monsieur avec un coup de crayon très libre.
C'était un signal fort : le dessin est un métier.
J'avais devant moi une personne d'âge respectable au service du dessin, ça me semblait dingue, surtout dans mon Avesnois natal.
1999, j'avais 13 ans. C'était une séance de dédicace autour d'une bande dessinée et ma famille avait pu me mettre en contact avec ce monsieur.
Mes parents m'avaient accompagnés pour avoir son avis, c'était un peu du sérieux.
Je dessine depuis que j'ai l'âge de tenir un crayon, ce qu'allait me dire cet homme en vérifiant le modeste carnet à dessins que j'avais pu constituer à cet âge, m'intimidait un poil.
Il l'a inspecté silencieusement, il m'a fait une place à ses côtés, et il m'a fait mon portrait. Du coup, je lui ai rendu la pareille. C'est bête mais ce n'était pas au programme, le public venu à sa rencontre en était amusé, j'ai eu la sensation d'avoir marqué des points, il ne s'y attendait pas.
Il m'a parlé avec sérieux et m'a conseillé de me concentrer à entretenir mon trait, d'éviter par la suite les écoles des beaux-arts qui selon lui stériliserait une certaine flamme et de m'investir toujours un peu plus dans ce que j'allais entreprendre. Monsieur Périn n'est plus aujourd'hui, je ne l'ai plus jamais revu, mais le temps qu'il m'a dédié fait encore écho en ma mémoire.
